Aassmaa Akhannouch
L'Étreinte du temps

























































The Embrace of Time
There are objects that outlive their purpose.
When their function disappears, they cease to be tools and become presences. We no longer always know what they were used for; we finally look at them for what they are. A curve, a material, a scar, a light. They stand before us as the last witnesses to a world whose language eludes us.
I have known them all my life; yet I photograph them as one might meet strangers.
These objects are not lifeless. They retain something of the hands of the craftsmen who shaped them, of the gazes that accompanied them, of the lives that have left their mark on them. They seem to absorb time rather than pass through it. Through being touched, carried and repaired time and again, they become the silent custodians of a story that no one has written.
Among them was a still passed down from mother to daughter. Every spring, it produced orange blossom water. But what I remember today is not the water itself. It is the time one had to devote to it. The repeated gestures, the conversations, the steam rising slowly. Nothing was designed to be rushed; everything was designed to be savoured. What I remember today is the ritual and the celebration.
We now live surrounded by objects that do away with waiting. Yet it is perhaps in waiting that the world leaves its mark and that, in slowness, presence, attention and memory are born. At what point did we begin to confuse saving time with gaining life? Has our increased efficiency been accompanied by greater happiness, or have we simply swapped meaningful gestures for a form of restlessness?
I am a craftsperson. My photographs are hand-printed. Like the objects they depict, they bear the mark of the gesture that brought them into being. For an imperfection is often proof that a human presence has endured.
The Embrace of Time is an attempt to make these discreet presences visible. An invitation to question our relationship with time and to look at objects not for what they do, but for what they know.
L'étreinte du temps
Il est des objets qui survivent à leur usage.
Lorsque leur fonction disparaît, ils cessent d'être des outils pour devenir des présences. Nous ne savons plus toujours à quoi ils servaient ; nous les regardons enfin pour ce qu'ils sont. Une courbe, une matière, une cicatrice, une lumière. Ils se tiennent devant nous comme les derniers témoins d'un monde dont la langue nous échappe.
Je les connais depuis toujours ; pourtant je les photographie comme on rencontre des inconnus.
Ces objets ne sont pas inertes. Ils gardent quelque chose des mains d’artisans qui les ont façonnés, des regards qui les ont accompagnés, des vies qui se sont déposées sur eux. Ils semblent absorber le temps plus qu'ils ne le traversent. À force d'être touchés, portés, réparés, ils deviennent les dépositaires silencieux d'une histoire que personne n'a écrite.
Parmi eux, un alambic transmis de mère en fille. Chaque printemps, il donnait naissance à l'eau de fleur d'oranger. Mais ce que je retiens aujourd'hui n'est pas l'eau. C'est le temps qu'il fallait lui offrir. Les gestes répétés, les conversations, la vapeur qui montait lentement. Rien n'était conçu pour aller vite; tout était conçu pour être vécu. Ce que je retiens aujourd’hui c’est le rite et la célébration.
Nous vivons désormais entourés d'objets qui abolissent l'attente. Pourtant, c'est peut-être dans l'attente que le monde dépose sa trace et que naissent, dans la lenteur, la présence, l’attention et la mémoire. À quel moment avons-nous commencé à confondre le gain de temps avec le gain de vie ? Notre efficacité accrue s'est-elle accompagnée d'un supplément de bonheur, ou avons-nous simplement échangé des gestes porteurs de sens contre une forme d’agitation ?
Je suis artisane. Mes photographies sont tirées à la main. Comme les objets qu'elles représentent, elles portent la trace du geste qui les a fait naître. Car une imperfection est souvent la preuve qu'une présence humaine a résisté.
L'étreinte du temps est une tentative de rendre visibles ces présences discrètes. Une invitation à interroger notre rapport au temps et à regarder les objets non pour ce qu'ils font, mais pour ce qu'ils savent.